Le soleil rayonnait sur cette pourriture, Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature Tout ce qu’ensemble elle avait joint.
Extrait des Fleurs du mal, Charles Baudelaire
« XXVII - Une Charogne » , 1857
Le poème écrit par Baudelaire résonne en écho à ce dessin, dépouillé, dont seule la carcasse persiste. Sur un panneau de chêne, glané dans mon atelier, le Village Reille - ancien couvent de franciscaines de 1910, j’ai dessiné une feuille de marronnier, ses fibres et son squelette. Les souvenirs passés à observer, prélever, faire sécher ces bribes de natures, surgissent sur ce panneau de bois en archipel flottant de formes moirées, rêches et aiguisées. Largement influencée par les formes Néogothiques du couvent, cet infime bout de nature inanimé est rendu vivant au gré des rayons de soleil. Lors de son passage, le soleil désagrège ces aplats de textures et les invisibilise de ses rayons. Ces fragments s’assemblent, se défont, se répondent, se délitent de la même manière que les vitraux rendent lisible la lumière.
La structure architecturale, une hiérarchie bien organisée sur laquelle la plupart des êtres vivants reposent, est mise à nue. Cette carcasse cristallisée par le temps, incarnée par la feuille de marronnier laisse entrevoir une tout autre dépouille. En effet, sous les aplats irisés gisent les veinages de ce chêne. Ce n’est pas l’arbre de nos forêts, mais bien celui de nos menuisiers, dont on ne prend conscience qu’une fois raboté.
Ainsi, ces formes rendues abstraites par leurs grands formats amènent une tout autre interrogation : montrer la structure même du dessin. La ligne qui relève du dessin, ce geste frénétique, est le résultat d’un temps long passé à l’atelier.Dépouillé du soucis de la représentation, le sujet est alors reléguée à son support.
Graphite, pierre noire, bic noir
sur papier marouflé sur du chêne
244 cm x 121 cm x 5 cm,
2023, Paris